lundi 11 décembre 2017

UN HOMME INTEGRE - Mohammad RASOULOF (Réalisation et Scénario) - Iran - au Balzac (08.12.2017)

Au risque de tout perdre ou de se perdre...
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5 / 5
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Prix Un Certain Regard Cannes 2017
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Synopsis :


Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils, mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce. 
Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre. 
Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?
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Un très grand film implacable, magnifique, impressionnant...
Une réalisation d'une sobriété exemplaire et d'une efficacité incroyable...
Une réplique :

"Dans ce pays, on est soit oppresseur, soit opprimé." 
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Deux interprètes exceptionnels :
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Reza Akhlaghirad (Reza, l'homme intègre)...
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Soudabeh Beizaee (Hadis, une femme forte)...
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Mohammad Rasoulof
né en 1975 à Chiraz
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A Cannes avec ses deux interprètes...
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"Je vis avec la peur, je suis constamment aux aguets. Chaque fois que je veux quitter le pays, je crains qu’on ne m’en empêche et j’ai peur dès que je reviens. Mais c’est ma vie, et je dois profiter de chaque petite ouverture, chaque interstice pour échapper à la censure et être créatif. Je ne sais pas combien de temps je parviendrai à faire des films."
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Son passeport lui a été confisqué le 16 septembre à l’aéroport de Téhéran, alors que Mohammad Rasoulof revenait du festival de Telluride, aux Etats-Unis, où il avait présenté son film. Puis, le 3 octobre, il a été convoqué à un interrogatoire, qui a duré quatre heures en présence des gardiens de la révolution. Les autorités iraniennes l’accusent d’« activités contre la sécurité nationale » et de « propagande contre le régime » – des chefs d’accusation passibles de six ans de prison. Le cinéaste attend la prochaine convocation…

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jeudi 7 décembre 2017

MANIERE DE VOIR N°155 - CUBA - OURAGAN SUR LE SIECLE

Je pensais connaître assez bien l'histoire de Cuba...
La lecture de ce numéro de "Manière de Voir" vient de me démontrer que je suis bien loin du compte...
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Présentation...


« Il faut que les Cubains gagnent ou que nous perdions tout, même l’espoir », a écrit Jean-Paul Sartre en 1960. Près de soixante ans plus tard, où en est l’île qui a bousculé le XXe siècle ? Pour répondre à cette question, « Manière de voir » propose une plongée dans les archives du « Monde diplomatique », sans doute l’une des publications qui a le plus attentivement suivi la révolution cubaine, documentant ses réussites comme ses échecs. Changer sans se perdre, le défi cubain ?

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Ce numéro absolument passionnant, coordonné par Renaud Lambert, illustré par des photos contemporaines de Tomàs Munita et des documents tirés des archives de l'agence magnum, comporte 24 articles répartis sous trois grandes sections (voir ci-après), un cahier documentaire avec cartes, graphiques, etc...
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1- L'épopée révolutionnaire




"Une vingtaine de guérilleros face à une armée. Des escopettes pour affronter les canons. Les ailes de la malice contre la brutalité de l’argent… Qui aurait parié sur la victoire des « barbudos » ? Ils terrassèrent néanmoins la dictature de Fulgencio Batista en quelques années, suggérant à d’autres, ailleurs dans le monde, que le volontarisme politique pouvait s’exporter. Il n’en irait pas toujours ainsi."
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2- Une île au centre du monde




"Peu de pays d’environ dix millions d’habitants comptent autant de représentations diplomatiques que Cuba. Au cours du XXe siècle, le David caribéen a pris le devant de la scène, suscitant parfois l’admiration, souvent l’empathie, toujours le respect. Mieux, il a ouvert les ailes pour s’en aller combattre Goliath sur d’autres continents, notamment en Afrique, où il joua un rôle déterminant."

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3- Pas de dîner de gala




"Il s’agissait au départ de créer « deux, trois, plusieurs Vietnam », afin d’exporter la révolution et d’en cimenter les acquis dans l’île… Les choses ne se passèrent pas ainsi. En 1991, l’effondrement du bloc soviétique et de la ligne de vie qui reliait Moscou à La Havane plonge Cuba dans une crise dont le président Raúl Castro concède qu’elle perdure. D’où l’urgence de « changer ». Mais comment changer sans se perdre ?"  
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L'urne contenant les cendres de Fidel Castro
(Tomas Munita  - 1er décembre 2016)


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dimanche 3 décembre 2017

LA VILLA - Robert GUEDIGUIAN (Réalisation & Scénario avec Serge Valletti) - France - au Gaumont Montparnos (01.12.2017)

Comme du Tchékov dans les Calanques par Guédiguian et sa fidèle équipe !
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5 / 5
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Synopsis :

"Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions…"

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Un film amer et mélancolique, mais tout frémissant d'humanité, sur un monde en pleine mutation...
Une évocation souvent douloureuse du temps passé et de ses rêves avortés...
Une inquiétude sur le présent et l'avenir incertain...
Mais l'espoir subsiste malgré tout, comme le laisse entendre une magique scène finale...
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Le film a été tourné pendant l'hiver dans la calanque de Méjean ainsi que le précise le réalisateur :
"...J'ai dû faire attention, quand on me demandait sur quoi je travaillais, et que je répondais sous forme de boutade : ""La Villa, c'est ma Cerisaie"", parce que les gens pensaient que j'en tournais une adaptation...
"Dans ce huis clos à ciel ouvert, quelques frères et sœurs, pères et mères, amis et amants échangent des tonnes d’amours anciennes et d’amours à venir... Tous ces hommes et toutes ces femmes ont un sentiment commun. Ils sont à un moment de leur vie où ils ont une conscience aiguë du temps qui passe, du monde qui change... Les chemins qu’ils avaient ouverts se referment peu à peu. Il faut sans cesse les entretenir... ou bien en ouvrir de nouveaux. Ils savent que leur monde disparaîtra avec eux... Ils savent aussi que le monde continuera sans eux... Sera-t-il meilleur, pire ? Grâce à eux, à cause d’eux ? Quelle trace vont ils laisser ?..."

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Comme toujours chez Guédiguian les interprètes sont parfaits.
Images :
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Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin...
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Anaïs Demoustier...
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Gérard Meylan...
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Robinson Stévenin...
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Robert Guédiguian



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voir dans ce blog  :
Les neiges du Kilimandjaro (2011)
et
L'Armée du Crime (2009) 

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mercredi 29 novembre 2017

LES FOURBERIES DE SCAPIN (1671) - MOLIERE (1622-1673) - En différé de la Comédie Française - au Pathé Beaugrenelle (28.11.2017)

Reprise du spectacle donné en direct le 26 octobre 2017
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"Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?"
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Plaisir de (re)découvrir la célébrissime pièce de Molière dans cette nouvelle création de la Comédie Française...
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"C’est l’histoire de deux fils de famille, Octave et Léandre. Octave s’est marié en secret avec Hyacinte, jeune fille pauvre au passé mystérieux. Or son père, de retour de voyage, veut lui en faire épouser une autre. Léandre, lui est tombé amoureux d'une Egyptienne, Zerbinette, enlevée par des bohémiens qui exigent une rançon. Craignant l'emportement de leurs pères respectifs les deux jeunes gens paniqués demandent de l’aide à Scapin. Car Scapin est un personnage ambigu, au probable passé de délinquant, et qui reste marginal dans la société."(Sophie Jouve)
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Tout a été dit sur la réussite de ce spectacle mis en scène par Denis Podalydès...
J'ai tout de même été un peu surpris par le sombre décor (par ailleurs ingénieux) imaginé par Eric Ruf...
Mais quel bonheur que d'écouter tous ces comédiens, merveilleusement dirigés, s'exprimer dans un français parfaitement compréhensible...
Tous sont remarquables et je me contenterais de citer :
Benjamin Lavernhe, époustouflant Scapin
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Didier Sandre, formidable Géronte.
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Album
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Présentation du spectacle...

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lundi 27 novembre 2017

MARVIN OU LA BELLE ÉDUCATION - Anne FONTAINE (Réalisation et Scénario avec Pierre Trividic) - France - au Pathé Beaugrenelle (23.11.2017)

Le Salut par le Théâtre...
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2 / 5
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Synopsis :

"Martin Clément, né Marvin Bijou, a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père, la résignation de sa mère. Il a fui l'intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l'exposait tout ce qui faisait de lui un garçon «différent». Envers et contre tout, il s'est quand même trouvé des alliés. D'abord, Madeleine Clément, la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et dont il empruntera le nom pour symbole de son salut. Et puis Abel Pinto, le modèle bienveillant qui l'encouragera à raconter sur scène toute son histoire.
Marvin devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer."
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Déception !
Inspiré du livre autobiographique d'Edouard Louis "En finir avec Eddy Bellegueule", pourtant non mentionné dans le générique (sauf erreur de ma part..)...
Je ne voudrais pas accabler la réalisatrice (talentueuse)
mais, alors que son film aurait pu être un émouvant témoignage sur un jeune garçon brutalisé par l'homophobie, elle m'a semblé s'être laissée emporter trop souvent par l'anecdotique et la caricature...
En définitive on a l'impression de se trouver en face d'une "belle" collection de clichés tant sur les personnages que sur les milieux où ils évoluent.
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Bon ! en dépit de ses défauts, on ne peut pas dire que le film soit vraiment ennuyeux...
Et les deux jeunes interprètes du rôle de Marvin sont sympathiques et talentueux...
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Finnegan Oldfield (Marvin Adulte)...
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Jules Porier (Marvin enfant)...
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Mais que sont "allés faire" Charles Berling et Isabelle Huppert "dans cette galère" ?
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Anne Fontaine
née en 1959
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Voir dans ce blog :
"Les Innocentes" (2016)
et
"Perfect Mothers" (2013)

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dimanche 26 novembre 2017

LA DAME EN BLANC ( 1860) - Wilkie COLLINS (1824-1889) - Royaume Uni - Livre numérique

"Le meilleur roman policier de langue anglaise"
aurait dit T.S.Eliot (Prix Nobel 1948)...
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Présentation du livre :


"Dans la fournaise de l'été, en ce milieu du XIXe siècle, William Hartright, jeune professeur de dessin émérite, s'apprête à quitter Londres pour enseigner l'aquarelle à deux jeunes filles de l'aristocratie, dans le Cumberland.
Il laisse derrière lui la vie trépidante de la ville et ses étranges incidents, comme cette rencontre en pleine nuit avec une jeune femme terrorisée, toute de blanc vêtue, semblant fuir un invisible danger...
Mais la campagne anglaise, malgré ses charmes bucoliques, n'apaise pas le jeune William autant qu'il le souhaiterait. La demeure de Limmeridge recèle en effet de bien lourds secrets, et lorsque resurgit la mystérieuse dame en blanc, il est bien difficile d'affirmer qu'il ne s agit pas d'un présage funeste..."
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Même si son dénouement est prévisible, ce roman réussit à tenir en haleine de la première à la dernière page...
L'auteur est souvent considéré comme "l'inventeur" du suspense moderne.
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J'ai été fasciné par...
L'habileté de l'intrigue qui n'arrête pas de rebondir,
Les personnages attachants ou retors, tous remarquablement campés,
La noirceur teintée d'humour de la narration,
L'évocation de l'époque victorienne avec notamment son anticonformisme,
la qualité du style et l'originalité de la structure même du roman : l'histoire est racontée tour à tour par les différents personnages...
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Bref un livre que l'on quitte avec regret !
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EXTRAITS


"Dans la vie, certains courent, d'autres flânent. Mrs Vesey, elle, s'asseyait. Elle s'asseyait dans la maison, le matin et le soir, elle s'asseyait dans le jardin, elle s'asseyait aux fenêtres dans les corridors, elle s'asseyait sur un pliant quand on l'obligeait à aller se promener. Elle s'asseyait avant de parler, avant de répondre ne fut-ce que "oui" ou "non", avant de regarder quelque chose, avec toujours le même sourire, la même inclination de tête paisible, la même confortable position des mains et des bras. 
Une vieille dame douce, extraordinairement tranquille et bien agréable ! Devant elle, on oubliait même qu'elle existait…"
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"Là, derrière moi, au milieu de la route déserte qui se détachait plus claire dans la nuit, se tenais une femme sortie de terre comme par miracle ou bien tombée du ciel. Elle était tout de blanc vêtue et, le visage tendu vers moi d'un air interrogateur et anxieux, elle me montrait de la main la direction de Londres. J'étais bien trop surpris de cette soudaine et étrange apparition pour songer à lui demander ce qu'elle désirait." 
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"Quels affreux marmots ! Mon Dieu, Mr Hartright, dois-je vous l’avouer, je désire fortement une réforme dans la constitution des enfants. La seule pensée de la nature semble avoir été d’en faire des machines à produire du bruit."
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"Le crime d'un imbécile est celui que l’on découvre. Celui d’un homme intelligent ne se découvre jamais.."

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"Cette belle maison, mes chers bons, sert de résidence à une belle famille. Une maman, blonde et grasse ; trois jeunes "misses", grasses et blondes ; deux jeunes "misters", blonds et gras ; enfin un papa, le plus gras et le plus blond de tous, lequel est un négociant de conséquence, qui a de l’or par-dessus la tête, — bel homme autrefois, mais qui, attendu son front dénudé, qu’un double menton accompagne, n’est plus, de nos jours, un homme tout à fait beau."

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Wilkie Collins (1824-1889)
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voir sur ce blog (en cliquant) :

Le Secret (1857)
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Armadale (1866)
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L'Hôtel Hanté (1878)
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Une Belle Canaille (1879)

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vendredi 24 novembre 2017

LE MUSEE DES MERVEILLES - Todd HAYNES (Réalisation) - Brian Selznick (Scénario d'après son roman graphique Wonderstruck) - au Pathé Beaugrenelle (20.11.2017)

4,5 / 5
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Deux enfants en fugue dans New York à des époques différentes (1927 et 1977)...
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Synopsis :

"Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu'il n'a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d'une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York."
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Un peu dérouté au départ par le scénario (comment ces deux histoires narrées en parallèle vont-elles pouvoir se rejoindre...)
Mais je me suis attaché très vite aux personnages,
Subjugué de surcroît par la qualité de la réalisation, les reconstitutions bluffantes des deux époques, la virtuosité incroyable du montage...
Outre la poésie, la féerie, la sensibilité, l'émotion qui se dégagent du film, il ne faut pas oublier les jeunes interprètes (excellents) et Julianne Moore, merveilleuse (comme toujours) dans un double rôle.
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 "Il y a deux histoires qui s’entremêlent, s’emmêlent, quelque chose de mystérieux et d’étrange se produit, aux intersections des deux univers, à la limite d’une altération de nos perceptions spatio-temporelles. Le fait que les deux héros soient sourds et perçoivent donc le monde de manière parcellaire a un impact direct sur la façon de regarder le film, de ressentir les silences, les musiques, en particulier le contraste entre la surdité de Ben et le brouhaha de la partie 70’s." (Todd Haines)
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Todd Haynes
né en 1961
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Parmi ses longs métrages :
Loin du paradis (2002)
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Carol (2005) voir ----)  ICI
 
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